Heureux comme un Islandais?

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par Renaud Mercier et Nicolas Jacoup

Article paru dans Minorités

Une épure

Avant de tenter l’aventure islandaise, les deux professeurs que nous sommes, avions étudié attentivement le curriculum vitae de ce petit pays nordique. Et, pour cause, nous vivions confortablement en France et y jouissions de conditions de vie stables et pérennes. Ce que nous recherchions sur cette île de glace, était ce qui nous manquait sur le continent: la paix sociale, un vrai désir de consensus où chaque acteur serait prêt au compromis pour le bien de la communauté, une société dynamique où chacun pourrait laisser ses talents s’épanouir qu’importent ses origines. A bien des points, l’Islande présentait les caractéristiques idéales, voire plus encore, un sorte d’utopie incarnée: haut niveau d’éducation, possibilité de se former tout au long de sa vie, héritage culturel exceptionnel, cadre magnifique avec une nature préservée, énergies renouvelables, petite communauté pacifique de 300.000 habitants, vieille démocratie entretenant une familiarité de fait entre les élus et l’électorat, taux de chômage ridiculement bas. Du moins se représentait-on l’Islande ainsi avant la “kreppa”, la crise, qui a éclaté en octobre 2008.

Notre débarquement en pays viking au volant de notre break, chargé de notre bagage d’immigrants, constituera à jamais l’un des plus grands chocs de notre vie: alors que notre voiture peinait à entrer dans notre garage lillois, ce même véhicule prêtait à rire du fait de sa petitesse quand on le comparait aux gros 4×4 pilotés par les femmes de ménages de l’école. Voilà une société prospère, pensions-nous, qui permet à tous ses acteurs de s’offrir des biens luxueux – nous passerons ici sur l’impact écologique qui relève d’un autre débat.

De menus défauts

En glanant des informations sur le terrain, nous nous faisions de ce petit pays une représentation idyllique que les habitants confortaient à l’envi. La pêche et l’aluminium, secteurs hautement mécanisés et à forte rentabilité, irriguaient une économie redistributive qui permettait de fournir un travail décent et bien rémunéré à chacun. Même les handicapés se voyaient octroyer des postes sur mesure et participaient à la vie de la cité. Enfin, les Islandais s’offraient un luxe suprême: l’absence de stress. En effet, disait-on, le travailleur se trouvait en position de force, car si le patron ne lui convenait pas, il lui suffisait de changer d’entreprise. Pourtant, le rapport de force semblait inexistant, tant chacun paraissait accepter ce contrat social gagnant-gagnant. Et si l’on constatait quelque incompétence, quelque lenteur, quelque faiblesse dans le système, l’on concluait à la va-vite que c’était le prix à payer dans une société en manque de personnel: parfois, les postes occupés ne l’étaient pas par les meilleurs spécialistes faute de candidats, ce qui, après tout, ne constituait qu’un humble défaut.

Les Islandais, fiers de leur société, refusaient, pour une majorité d’entre eux l’entrée de l’île dans l’Union Européenne, soucieux de préserver leurs spécificités. Nous acceptions leurs positions et leur savions même gré d’appartenir à l’Espace Economique Européen et, dès lors, de nous accueillir sur leur sol sans paperasserie ni démarche parfois humiliante dans les services de l’immigration. Pour le reste, nous étions confiants et tenions pour assuré qu’en maîtrisant la langue, nous parviendrions à vaincre la légendaire timidité des Vikings.

Une crise pour révélateur des inégalités sociales

La crise a frappé l’Islande en octobre 2008, ravagé son économie et balayé cette épure comme un dessin de craie sur le pavé. Très vite, elle a dévoilé les faiblesses du système; depuis transparait une toute autre réalité. De tous les vices cachés, celui qui se révèle de la manière la plus criante, touche aux inégalités sociales.

Car si la crise a éclaté si brusquement en Islande et avec une violence inédite dans les pays industrialisés, c’est qu’elle trouve son origine dans la faillite des trois banques nationales, emportant dans ce raz-de-marée tout un système de crédit délirant sur lequel nous reviendrons plus loin. Comme on le sait, les sociétés nordiques passent pour répugner aux inégalités sociales. Naguère, le Président Sarkozy vantait encore l’économie danoise hautement redistributive. Si nous ne pouvons nous prononcer sur l’ensemble du monde nordique, du moins, nous assistons en direct au délitement du système islandais.

Les carences inattendues du système social

A notre grande surprise, l’assurance sociale ne se révélait pas à la hauteur de nos attentes: passer la porte d’un dispensaire signifie s’acquitter d’une participation avant même de rencontrer le médecin. L’assurance-maladie ne rembourse qu’une minorité de spécialités vitales, mais encore faut-il dépasser un plafond de dépenses représentant le quart d’un salaire d’ouvrier en pêcherie. Quant aux frais dentaires et autres prestations oculaires, les débours en demeurent à la charge quasi exclusive du patient. Nous nous enquîmes auprès de compagnies d’assurances privées, mais il n’existe guère de polices à l’instar des mutuelles françaises. Heureusement, les frais hospitaliers restent couverts bien qu’on ressente une pression politique forte à un rabotage des prestations.

Quand nous manifestâmes notre étonnement, on nous répondit que l’Islande offrait d’innombrables possibilités de gagner de l’argent et que les gens s’accommodaient de ces contraintes. Sinon, notre dentiste affiche la possibilité d’utiliser une carte de crédit avec facturation à trois mois. Dont acte.

Le crédit pour masquer les inégalités

Ainsi, l’intimité grandissant, nous avons découvert bientôt que le plein emploi ne suffisait clairement pas à couvrir les dépenses de nombre de nos collègues. Avec l’éclatement de la crise, le cours de la couronne islandaise s’est effondré (de 80 kr pour 1 euro en 2007 à plus de 240 kr pour un 1 euro en novembre 2008). Chaque jour plus nombreux, des collègues nous confient, timidement, leur embarras que confirme une lecture attentive de la presse. Pour s’offrir ces superbes voitures, la plupart d’entre eux contractaient des emprunts en devises étrangères (euros, yens, francs suisses par exemple) de sorte que leurs revenus en couronnes ne leur permettent plus de faire face aux remboursements. Mais il ne s’agissait là que du sommet de l’iceberg: les somptueuses maisons étaient, bien entendu achetées, à crédit, ainsi que les vacances en Espagne – destination ô combien prisée des Islandais. Bien plus, il en allait de même des bottes de cuir des dames - marque indispensable d’ascension sociale, - des ordinateurs portables des enfants, des écrans plats et autres monstrueux barbecues à gaz. On se rendait compte que, pour une large part de la population, cette enrichissement de façade n’était dû qu’au crédit. Car, en Islande, l’on ne s’endettait pas à la mesure de ses revenus! Le système était beaucoup plus souple, puisque pour les biens durables, on considérait que la revente du produit couvrirait la dette en cas de défaut de paiement. On semblait ignorer l’usure des voitures ou un effondrement possible de l’immobilier. Mais avant l’éclatement de la bulle, nul ne se souciait de ces détails. Seule comptait la face, l’affichage non d’une réussite sociale, mais d’une adéquation au modèle ambiant. Car posséder ce dont dispose le voisin, s’avérait l’ambition suprême de beaucoup.

Une poignée de privilégiés

Néanmoins, il demeure une frange de la population qui ne recourait pas au crédit pour sa consommation privée. Il existe, en Islande, une caste de riches commerçants, quelques industriels, mais, surtout, une coterie de patrons pêcheurs qui, par son aisance matérielle, donne le ton dans la campagne islandaise, voire même à Reykjavik, laquelle, avec ses 200.000 âmes, reste une ville médiocre si on la compare avec ses homologues d’Europe. Cette classe sociale est certainement la plus décriée par la poignée d’intellectuelles que comprend ce petit pays. En effet, la seule manière de devenir patron pêcheur en Islande est, à quelques exceptions près, de posséder un quota. Or les quotas furent attribués gratuitement aux acteurs historiques il y a une petite vingtaine d’années. Depuis lors, ces patentes ne s’acquièrent que par un système de bourses aux quotas. Malheureusement, l’étroitesse du marché entraîne un verrouillage de fait: les quotas ne se revendent qu’au sein des acteurs présents et tout nouvel entrant potentiel ne trouvera personne pour lui vendre son précieux sésame. Mais les rois des quotas, comme on les nomme sur notre île, savent se montrer magnanimes et autorisent, en été, le vulgaire à pêcher à la ligne dans ses fjords… Cette image vous rappellera, sans doute, les seigneurs de l’Ancien Régime, ouvrant leurs forêts aux manants. Bien sûr, notre parole d’étranger ne trouverait pas d’écho ici s’il ne se trouvait un auteur en la personne d’Arnaldur Indridason qui dans son roman, Daudarosir (non traduit à ce jour), expose, dans le détail, les vicissitudes de ce système.

Du privilège à la position dominante

Si l’on comprend, dès lors, qu’on ne peut s’enrichir par la pêche, on pourrait croire que d’autres activités offriraient des possibilités d’enrichissement. Hélas, beaucoup de pêcheurs possèdent leurs propres usines de traitements de poissons, et à supposer qu’un nouvel acteur s’installe, il y a fort à parier qu’il ne trouverait personne pour lui donner du poisson à travailler… Un petit exemple connexe illustrera ce propos: dans notre petit village officie un garagiste. Il suscitait la jalousie d’un pêcheur qui lui reprochait d’être originaire du village voisin. Aussi le pêcheur a-t-il ouvert un garage concurrent à force d’argent et offert des tarifs si concurrentiels qu’il frôlait la vente à perte. Qu’importe? ce pêcheur peut se le permettre. Bien sûr, il attire le chalant non seulement parce qu’il propose des prix plus que compétitifs, mais surtout parce qu’appartenant au milieu de la pêche, secteur le plus pourvoyeur d’emplois, il serait plus plus mauvais goût pour sa sécurité professionnel d’aller faire changer ses pneus chez l’étranger du village voisin.

De la position dominante au clientélisme

Ainsi touchons-nous du doigt la gangrène qui tue l’Islande. Dans nombre de villages, le secteur de la pêche, concentré entre les mains de quelques familles disposant d’un oligopole clos, maîtrise, désormais, la vie économique. Bien qu’un scandale de détournement de fonds touche notre député, on ne trouve personne pour oser lever la voix: notre homme possède trois bateaux; sa belle-famille dirige la salle de sports, seul lieu de loisir de notre campagne reculée, et son entourage direct possède le seul magasin de biens non comestibles de la région. Et lorsque nous avons manifesté notre indignation face aux montants en jeu ainsi que notre étonnement face à l’absence réaction des Islandais, il s’est trouvé une collègue pour nous demander s’il nous tenions vraiment à quitter la région, et la même de nous informer qu’il n’était pas habituel d’aborder de tels sujets.

Pression discrète et loi du silence: le clientélisme et des abus nombreux face au silence

Depuis nous soupçonnons ce phénomène, nous comprenons peu à peu d’autres détails qui ne prennent sens qu’à la lumière de notre découverte. Ainsi les aléas de cette autre collègue qui, non issue du milieu de la pêche, souhaitait ouvrir un café. Elle se heurtait à des difficultés administratives malgré l’absence d’un tel établissement dans son village. L’argument le plus convaincant que lui servaient les services communaux, était qu’elle se trouvait dans une zone résidentielle – curieux reproche pour un établissement de quartier – et qu’on pouvait se procurer le précieux nectar à la station-service voisine – qui, vous nous l’accorderez, n’a pas pour vocation première de concurrencer un coffee house. Poussée dans ses derniers retranchements, l’administration a accordé son autorisation lorsque la collègue a acheté une maison à une centaine de mètres de là: la zone ne diffère guère et la station-service n’avait pas changé davantage. Pourtant, l’on ne s’étonnera pas de ces années de retard quand on réalise que la mairie est aux mains du parti de l’Indépendance, c’est-à-dire, celui fédérant majoritairement les pêcheurs, et qu’à deux kilomètres de là, une femme d’armateur possède son propre café qu’elle ouvre ponctuellement au gré de l’afflux des touristes. Inutile de préciser que cet établissement demeure à l’heure où nous écrivons ces lignes le seul des trois villages que regroupe notre agglomération. Par ailleurs, dans notre bourg de mille habitants, le gérant de l’hôtel touristique, pauvre homme venu de la capitale, a osé ouvrir le bar de son établissement après la belle saison. Grand mal lui en prit: nous étions ses seuls clients, ainsi qu’une poignées d’ouvriers polonais en mal, comme nous, d’un lieu de socialisation en hiver. Un des plus grands ports de pêche d’Islande ne possède ni bar ni café ni restaurant à part une station-service, un petit snack et trois malheureuses tables dans la minuscule boulangerie – la seule de la péninsule.

Mais au-delà des opportunités manquées se cachent peut-être des drames humains qu’un silence pesant écrase. Ainsi, l’histoire de cet homme, amateur de musique rock et naguère à la tête des services sportifs de la ville. Dans une agglomération comme la nôtre, son rôle se bornait à gérer l’humble piscine municipale et la salle omnisport. Mais notre ami souffre d’un grave handicap social: il n’entretient pas de lien avec la pêche. Sans raison convaincante, il a quitté ce poste pour celui d’accompagnateur scolaire. Choix étrange pour un père divorcé de trois enfants, réduit à une paie de crève-la-faim, surtout quand on se rend compte que la fonction qu’il occupait est désormais attribuée à une femme de pêcheur, avouant avec fierté qu’elle y gagne mieux sa vie qu’à l’école où elle professait jadis.

Et la police?

Point de plainte, point d’écrit, point de discussion, point de ragot, juste ce silence assourdissant. Que dire encore de ce jour où nous avons reçu un courrier, une simple lettre, ouverte par les services douaniers – autre sujet polémique dans cette île à la dérive? Une telle pratique nous a tant offusqué que, la considérant comme une violation de notre vie privée, nous décidions bientôt de porter plainte et de nous rendre à la police: une fois, deux fois, chaque jour ensuite pendant deux semaines, sans qu’on puisse jamais rencontrer le shérif à son bureau. Non, on ne se plaint pas en Islande. Ces choses-là ne se font pas. Certes, on ne vous le dira jamais en face, mais vous vous retrouverez seuls à crier votre misère dans ce silence assourdissant.

Vox populi?

Et tandis que l’on entend que les femmes des pêcheurs font facturer leurs achats de bouche sur le compte des sociétés, défilant fièrement au volant d’effroyables 4×4, la caste entretient une clientèle de courtisans à qui elle pourvoit ses emplois correctement rémunérés parmi lesquels le plus en vue est sans nul doute une place sur un bateau! D’autres, naïfs, ont cru pouvoir s’acheter les oripeaux de la richesse au prix de crédits qu’ils peinent à rembourser: les banques font main basse sur les voitures et les maisons. La banque alimentaire de Reykjavik lance des appels en direction des donateurs, mais la rue, affamée, ne bouge pas.

« Pourquoi ne vous révoltez-vous pas? » demandions-nous récemment à une collègue. « C’est vrai, a-t-elle répondu dignement, nous avons un problème avec cela. - Oui, dit une autre, ils possèdent le poisson! Je veux qu’on me le rende. » Mais jamais nous ne verrons ni l’une ni l’autre parler haut et fort en face de leurs concitoyens. La peur qu’on leur prenne les miettes qu’on daigne leur laisser? Nous n’obtiendrons jamais que le silence pour seule réponse.

A deux doigts de l’esclavage?

Mais il demeure encore une autre classe, plus silencieuse encore, celle qui ne dispose pas même du droit de vote. Ces immigrés proviennent, pour la majorité d’entre eux, de Pologne, voire des Philipinnes ou de Thailande, minorités sans voix et à qui on peut si facilement retirer le permis de travail, du moins s’ils sont issus de pays autres de ceux de l’Espace Economique Européen. Ils travaillent le plus souvent dans les usines de pêche où peu d’Islandais condescendraient encore à se salir les mains. “Nous avons les Polonais pour cela!” nous confiait une amie à moitié ironique tant elle pressentait la xénophobie latente de son propos… Mais la langue islandaise est un idiome si confidentiel dans le monde que certains l’utilisent pour exprimer des sentiments que la pudeur et l’histoire prohiberaient dans d’autres langues.

Une connaissance, mère de famille polonaise, barmaid à ses heures dans feu le bar d’hôtel mentionné ci-dessus, nous confiait, voilà deux mois, qu’elle gagnait, au change actuel, moins de trois euros nets par heure à couper du poisson, tâche ingrate s’il en est, où l’on s’abîme les mains dans la puanteur et l’eau froide et salée. Oui, trois euros de l’heure, 50 heures par semaines, sur cinq à six jours hebdomadaires. 600 euros par mois dans un pays qui se targuait dans ses principaux quotidiens nationaux de rester un des pays les plus chers du monde malgré la crise. Peut-être certains la considéreront-ils comme une privilégiée à sa façon: elle habite un petit appartement propret. Rien à voir avec ces hommes, ouvriers célibataires, logés dans une promiscuité douteuse au-dessus de la maison des jeunes. Mais voilà le prix social à payer pour que l’industrie de la pêche demeure si profitable, pour qu’une petite frange, jouissant de ses privilèges, continue à pavaner en 4×4.

Pourtant, l’on ne se plaint pas en Islande. Et si vous vous plaignez, vous ne trouverez pas d’oreille, à moins que celles qui traînent par là, ne renouvellent pas votre contrat de travail.

Une fiscalité sur mesure pour ses aristocrates?

Cerise sur le gâteau, le parti des l’Indépendance, au pouvoir depuis presque deux décennies lorsque la crise éclatait, et représentant la majorité des pêcheurs, octroyait à ces derniers un rabais d’impôt, réservé exclusivement aux hommes de la mer. Parallèlement, le taux d’imposition sur les sociétés caracole à 15% (un des taux les plus bas des pays de l’OCDE) tandis que les revenus du patrimoine sont frappés d’un ridicule 10% (on reprocha naguère à la Belgique de pratiquer un taux bas de 15%)… Notre ouvrier polonais, pauvre salarié sera astreint à plus de 37% au titre de l’impôt sur le revenu. Quant au patron, gageons, s’il n’est pas idiot, qu’il préférera se servir un dividende taxé à 10% plutôt qu’un salaire à l’instar de ses employés. La facture nationale d’une telle rapacité semblerait hallucinante à n’importe quel étudiant d’économie: la dette nationale est évaluée par certains à plus de 300% du PIB, sans compter l’endettement personnel.

Heureux comme un Islandais?

L’Islande, cette épure presque parfaite, semble résister difficilement au révélateur que constitue la crise actuelle qui rend patentes les inégalités et, au premier chef, les carences du système social. Bientôt, le tarissement du crédit facile a balayé l’illusion de la richesse, laissant une grande part de la population surendettée. En revanche, quelques nantis, dont la classe privilégiée des propriétaires pêcheurs, jouissent de revenus réguliers du fait de l’exploitation exclusive qu’ils font des richesses halieutiques. De ces ressources sûres, certains tirent un avantage tactique dans la vie économique locale qu’ils s’accaparent à-travers le maillage familial et avec la complicité tacite d’un parti de l’Indépendance, clairement identifié comme l’élément fédérateur des pêcheurs. Au coeur de la société s’exercent des forces silencieuses qui tuent dans l’oeuf les tentatives de diversifier l’économie ou de mettre fin aux oligopoles. La peur non d’une répression violente, mais, plutôt, d’un bannissement du corps social réduit tout un chacun au silence au risque de compromettre l’indépendance des autorités. Dans l’intervalle, certains ne s’embarrassent plus guère de la dignité humaine et paient des salaires de misère à des populations immigrées flexibles jusqu’à l’expulsion. Mais le même parti de l’Indépendance, au pouvoir jusqu’à la crise, n’arrêtait pas là ses indignités: par une fiscalité sur mesure, il préservait encore davantage ses affidés, laissant le pays exsangue, ployant sous le poids d’une dette nationale qu’on peine à mesurer. Et pourtant, c’était cette société que vantait Courrier International en 2008… Heureux comme un Islandais, titrait-on à l’époque.

http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/679-heureux-comme-un-islandais.html

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